Un parcours semé d'embûches pour Cassandre Blandin

D’où me vient ma passion pour la voile et où ai-je appris ?


Je suis née aux Sables d’Olonne, j’ai donc grandi au bord de la mer et j’ai baigné dès l’enfance dans l’ambiance du Vendée Globe.

J’étais membre de la chorale «Les 1001 voix du Vendée Globe» qui réunissait les écoles des alentours pour chanter sur les quais lors de la sortie des skippers le jour du départ. Cela faisait, et fait toujours, vraiment partie de la culture de la ville et de ses habitants.

Mes parents nous ont vite, ma soeur, mon frère et moi, mis à l’aise avec l’océan.

Ma mère nous emmenait très régulièrement à la plage. On passait nos journées à jouer dans les vagues et à pêcher avec nos sceaux et nos épuisettes.

Mon père nous fabriquait des planches de surf et nous poussait avec dans les vagues.

Mon grand père était pêcheur et ma mère faisait partie d’un groupe de danse folklorique. On était donc bercés au chants et aux histoires de pêcheurs.

Mon père pratiquait les sports nautiques. Il a fait beaucoup de surf et s’est mis à la voile également autour de ses 20 ans. Il a fait de l’Europe en compétition, on le suivait avec ma mère quand j’étais toute petite. Il se fabriquait ses propres voiles. Il a aussi pris part au Tour de France à la voile ainsi qu’à de nombreux convoyages en habitable où il trouvait des places pour embarquer, en France et à l’étranger.


Mes parents m’ont vraiment permis de créer ce lien à l’océan. De ce fait, la mer et les bateaux m’ont toujours fascinée et, déjà petite, je les regardais au loin et disais à mes parents en rêvant : « un jour, moi aussi je ferai de la voile.»


C’est donc tout naturellement qu’à l’âge de 9 ans, je les ai littéralement harcelés pour qu’ils m’inscrivent à un stage d’Optimist sur le lac de Tanchet, le petit lac qui permettait de débuter sereinement avant de passer à la navigation en mer. J’ai immédiatement accroché. J’avais envie de toujours progresser et, rapidement, j’ai rejoint le groupe d’entrainement d’Optimist du club.


J’ai commencé mes premières compétitions départementales où j’ai fini dernière, mais je ne me suis pas démontée pour autant. Je savais que je pouvais y arriver et, un an et demi plus tard, je remportais mon premier classement national benjamin. J’étais passionée, même si je n’avais pas encore réalisé que m’attendaient vingt années de compétition, de sport études, d’aventures, en Optimist, 420, 470 et Figaro 3.


Mon activité et mes projets


Côté professionnel, je commence un DEJEPS voile afin de pouvoir entraîner et transmettre tout ce que j’ai appris tout au long de ma carrière. La transmission est quelque chose qui me tient vraiment à coeur.

Je sais que les échanges avec des personnes expérimentées font partie des choses qui m’ont le plus apporté. J’étais contente, quand j’étais moi même coureuse, d’avoir un apport technique et stratégique de la part de personnes ayant un excellent niveau, mais aussi un partage d’expérience, une vision.


Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir le faire à mon tour. Je collabore sur certains déplacements avec Jérémie sur le groupe des 420 du SNO. J’aime donner ce que je sais et je continue d’apprendre auprès des coureurs que j’entraine sur différents aspects.


Je passe également en parallèle un diplôme de préparatrice mentale. En effet, je trouve que c’est un paramètre important de la performance et pourtant, on ne le travaille quasiment pas. Ce n’est pas vraiment ancré dans notre culture sportive, contrairement aux pays anglosaxons.

Les préparateurs mentaux n’interviennent que très tardivement dans nos carrières et on considère souvent que, pour faire de la compétition, le sportif «a le mental ou ne l’a pas», comme si c’était presque immuable. Or, cela ne veut pas dire grand chose.


Le mental, c’est comme la technique, le physique, ça se travaille et surtout, il n’y a pas de profil type! La préparation mentale permet de conscientiser et d’apprendre à gérer toutes les constructions mentales qui peuvent nous bloquer dans notre capacité à performer, parfois même sans que l’on s’en rende compte. J’espère aider les futures générations de coureurs en leur proposant des ateliers autour de la préparation mentale, réussir à les sensibiliser et les guider dans l’utilisation des différents outils, dans leur connaissance d’eux même, pour qu’ils s’épanouissent dans leur projet.


Côté sportif, j’ai décidé, après avoir arrêté en 2018, de me relancer dans la préparation Olympique de Paris 2024 en 470. En effet, le 470 est devenu mixte obligatoire : une fille et un garçon sur le bateau, peu importe qui barre ou qui équipe.

Le 470 est un bateau très exigeant d’un point de vue du gabarit, l’équipier(e) doit être grand et peser un certain poids. Lorsque le 470 était féminin, les équipières devaient mesurer au minimum 1.75m et peser 68/70kg. Je suis pour ma part barreuse. C’était donc très compliqué de trouver une équipière car ce n’est pas des gabarits très courants pour une femme.

Lorsque j’ai démarré, j’ai réussi à recruter une première équipière qui avait un super gabarit mais très peu d’expérience de la régate et du dériveur. Après trois années seulement, nous étions aux portes de l’équipe de France avec des top 10 mondiaux et une 5ème place au Championnat d’Europe, mais elle a décidé d’arrêter car le rythme et l’intensité de l’entrainement, des déplacements, l’exigence financière du matériel commençaient à devenir très compliqués à gérer pour elle.


N’ayant toujours pas d’équipière issue du haut niveau et au gabarit suffisant disponible, je n’ai pas baissé les bras et j’ai alors démarré un nouveau projet avec une deuxième équipière qui, elle aussi, n’avait pas une grosse expérience du dériveur, mais avait fait un peu plus de régates en catamaran. Nous avons navigué une année et demi ensemble où nous avons redémarré tout le travail technique. Les résultats commençaient à revenir, mais elle a préféré arrêter pour mettre l’accent sur la fin de ses études. C’est à ce moment là que l’un des équipages concurrents a décidé de se séparer et que l’équipière m’a proposé de naviguer avec elle.

Nous avons rapidement bien tourné et, au terme de notre première saison, avons été remplaçantes pour les jeux de Rio 2016, puis intégré l’équipe de France en vue de Tokyo 2020. Nous avons terminé notre deuxième saison par une médaille de bronze en coupe du monde et à la 5ème place de la Ranking mondiale.


Malheureusement, au milieu de la saison suivante, elle a été recrutée par la barreuse médaillée de bronze des jeux olympiques de Rio qui avait décidé de reprendre du service. Elle a accepté la proposition, malgré le potentiel de notre équipage et nos résultats qui laissaient présager un bel avenir. Je me suis donc une nouvelle fois retrouvée face à l’impossibilité de recruter une équipière. J’ai donc, faute d’équipière et malgré moi, arrêté mon parcours olympique.


Rêvant toujours de naviguer, je me suis ensuite tournée pendant une saison, vers la course au large en figaro 3 pour découvrir un aspect de la voile totalement inconnu pour moi. J’avais été sélectionnée pour intégrer le duo mixte créé par Marc Guillemot qui souhaitait recruter deux jeunes pour participer à la Solitaire du Figaro : un garçon et une fille, l’un issu de la course au large, l’autre de l’olympisme. C’était une belle opportunité pour moi de découvrir un milieu que je ne connaissais pas du tout, guidée par un skipper expérimenté avec plusieurs Vendée Globe, Route du Rhum, Transat Jacques Vabre, etc. à son actif.


Seulement, contrairement à ce qui était prévu, nous n’avons reçu les bateaux que fin mars au lieu de janvier, pour une saison qui démarrait fin avril. Le temps de préparation a donc été très court pour moi qui n’avais jamais passé une nuit en mer de ma vie, ni réalisé un seul offshore, en solitaire comme en équipage. Le temps de préparer les bateaux qui étaient livrés démontés, j’ai pu naviguer une petite dizaine de jours, passer deux nuits en mer, avant de démarrer une saison qui s’est enchainée très rapidement. Les courses étaient très rapprochées les unes des autres.


J’ai beaucoup appris de cette expérience, mais j’ai tout appris sur le tas, en conditions réelles, avec très peu de préparation. Cela a été très intéressant et très intense, même si mon manque d’expérience ne m’a pas permis de m’exprimer pleinement.

C’était incroyable de participer à la Solitaire du Figaro auprès de légendes de la voile comme Loïc Peyron, Michel Desjoyeaux, Armel Le CLeac’h, etc.


L’année suivante, le COVID est venu mettre son nez dans l’équation et il était très compliqué de préparer un projet dans les conditions inédites qui se sont présentées. J’ai donc mis en stand by les projets sportifs.


Aujourd’hui, je sens que quelque chose est inachevé pour moi et le passage du 470 en mixte réouvre des portes. En effet, il est plus facile de trouver des équipiers ayant le gabarit exigé que des équipières. Je saisis donc l’opportunité d’aller jusqu’au bout de ce que j’avais entrepris, plus motivée que jamais à ne rien lâcher. J’ai en ligne de mire les Jeux de Paris 2024.

La concurrence va être rude mais j’ai bien l’intention d’aller jusqu’au bout de moi même et de mes capacités. La vie ne doit pas être faite de regrets et quand on sent que l’on doit y aller, il faut y aller !


J’ai démarré un projet avec Corentin Bretagne qui est lui aussi licencié au SNO. Nous sommes accordés sur nos objectifs et rejoignons le pôle de Marseille d’ici la fin de l’année pour préparer au mieux le plan d’eau des futurs jeux.


Mes plus grandes joies sportives et mes plus grandes déceptions


C’est difficile de résumer mes plus grandes joies sportives car cela passe par différentes choses : c’est non seulement les manches gagnées, les régates gagnées, la sensation de monter sur les marches du podium, d’entendre son nom et les applaudissements, la sensation du travail accompli, mais c’est aussi les moments de joie partagés avec mes équipières, les rigolades, les rencontres que j’ai pu faire, toutes les personnes qui ont fait de ces instants des instants magiques.


C’est aussi les voyages, la découverte, mes premiers bords de nuit en figaro 3 sous un ciel étoilé et une mer scintillante de plancton luminescent, l’aventure, la sensation, d’être dans le match après trois jours de course, se dépasser et être heureux de s’être dépassé.

Dès que je rentrais de régate, j’avais comme cette petite sensation de tristesse avec un goût de «quand est ce qu’on y retourne?».


Si je devais retenir des résultats, ce serait probablement mes titres de championne de France, mon podium en coupe du monde, ma 5ème place au Championnat d’Europe, ma première medal race en coupe du monde et terminer une étape de la Solitaire du Figaro juste devant Armel Le Cleac’h avec seulement quinze jours d’expérience.


Pour ce qui est de mes plus grande déceptions, cela rejoint ce que je disais plus haut : la sensation de ne pas avoir pu aller au bout de mon potentiel et de moi même. La sensation d’avoir un projet qui s’est arrêté en cours de route sans avoir été terminé, que ce soit en 470 où mes projets n’ont pas été jusqu’au bout par manque d’équipière, ou en Figaro 3, où j’ai eu trop peu de préparation, dans un laps de temps extrêmement court, pour réussir à faire ce que je me sentais capable de faire.


D’un point de vue sportif, il y a évidemment certaines régates où j’ai fait des contre performances, mais je les considère plus comme des étapes dans mon apprentissage que comme des déceptions. Une progression n’est jamais linéaire. Je regrette cependant de ne pas avoir pu mettre plus l’accent sur la préparation mentale, ou du moins de ne pas avoir bénéficié de ce type d’accompagnement plus tôt, en avoir reçu une meilleure présentation, une meilleure explication du «comment ça marche».


Aujourd’hui, avec le recul, je ressens un manque à ce niveau là. Cela m’aurait aidé sur certains aspects de la performance, sur ma gestion émotionnelle.

Est-ce difficile de mener de front vie sportive et vie professionnelle ?

On ne va pas se mentir : oui, c’est difficile.

Surtout que l’on doit ajouter à vie professionnelle et vie sportive le côté vie personnelle. C’est un paramètre de l’équilibre du sportif.


En prépa mentale, on parle de triple projet et non pas de double projet. Cela exige énormément d’organisation, de sacrifices. On doit faire des choix et parfois, la vie personnelle en prend un coup aussi. Car faire rentrer les entrainements, la préparation physique, la préparation du matériel, la gestion logistique du projet, la recherche de financement, les études ou le travail, quelques instants de récupération et de vie sociale, dans une seule semaine, ce n’est pas toujours évident. Cela fait énormément de paramètres à gérer en même temps. Il faut savoir gérer le stress que cela peut engendrer et réussir à être efficace. C’est un équilibre qui n’est pas toujours facile à trouver.


Mon rapport au club


Le SNO a toujours épaulé mes projets et m’a soutenue depuis l’âge de 14ans. C’est un club dynamique qui donne une grande place à ses sportifs. J’essaie donc à mon tour d’apporter ma contribution en partageant mon expérience aux jeunes du club, en proposant des séances d’entrainement en collaboration avec Jérémie, l’entraineur 420.


Les clubs sont essentiels au développement de notre sport. Ce sont eux qui donne le goût aux jeunes, et aux moins jeunes, de venir s’entrainer, de découvrir et d’aimer la voile. Il est donc essentiel de les soutenir dans leur rôle en apportant, nous aussi, sportifs passionnés, un petit bout de notre passion au sein du club.


Et si c’était à refaire ?


Avec des si, on referait le monde... et si l’on pensait plutôt à tout ce que l’on a appris et tout ce que l’on peut encore faire ?

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